Le canapé, ce mobilier urbain qui s’ignore

Pour cet article, on ressort une idée pas tout à fait neuve mais qui ne manque pourtant pas de potentiel pour le confort de nos rues (et le bien-être de nos fessiers malmenés par les bancs en béton armé) : introduire le canapé dans l’espace public.

Des passants ravis de ce canapé orléanais. Source : larep.fr

Des passants ravis de ce canapé orléanais. Source : larep.fr

Assise en ville : pourquoi tant de haine ?

Si créer des assises dans l’espace public est une bonne chose, elles manquent souvent cruellement de confort et/ou de convivialité. La recherche de matériaux résistants aux intempéries, ou encore l’application d’aménagements anti-sdf sont souvent les causes de ce mobilier peu douillet et chaleureux, bien que doté d’un design souvent très recherché. Le caractère convivial du banc, où l’on peut s’asseoir à plusieurs pour se reposer et échanger, est parfois même renier au profit de mobiliers déprimants et bien solitaires.

Assises esseulées à Helsinki. Ambiance.

Assises esseulées à Helsinki. Ambiance. Source : http://architectures.danlockton.co.uk/2007/07/

La psychose d’un possible squat des assises par les sans abris est telle qu’élus et aménageurs semblent oublier une chose essentielle : une ville aux espaces publics dénués de haltes est une ville hostile et anxiogène pour tous ses habitants, sans exception. Les espaces publics ne sont pas simplement des espaces de circulation, mais également des espaces où les individus s’arrêtent, attendent, se reposent, errent, contemplent, échangent, se rencontrent. Et des mobiliers urbains coercitifs n’y feront rien tant que les usagers auront l’ingéniosité de contourner les difficultés.

Un mobilier peu confortable détourné par ces usagers. Pas d'assise? Ca s'improvise! Source : Dan Lockton

Un mobilier peu confortable détourné par ces usagers. Pas d’assise? Ça s’improvise! Source : Dan Lockton

Alors plutôt que de chercher à restreindre l’assise sans y parvenir vraiment, pourquoi ne pas oser l’inverse avec un mobilier aussi généreux que confortable?

Le canapé de rue, l’urbanité de salon

Une idée qui s’est imposée à moi lors d’une fête de quartier où des canapés étaient disposés dans une rue exceptionnellement fermée à la circulation. En plus d’être pris d’assaut par la foule des citadins se prélassant, une femme enceinte m’a confié adorer l’idée de pouvoir s’asseoir sans empirer le mal de dos que la grossesse entretenait déjà assez aisément. En effet, rien ne vaut le moelleux de ce mobilier face à la rigidité d’un banc classique, le plaisir de pouvoir se vautrer tout à son aise comme dans celui de son salon après une rude journée. Le (ré)confort apportée par un canapé est indéniable, et pouvoir en bénéficier tout en profitant du spectacle de la rue, c’est carrément royal.

Le canapé est un must de confort, et ça, Ikea l’avait bien compris avec son investissement surprise des arrêts de bus parisiens fin 2010. Dans cette opération marketing bien ficelée (un concours photo était organisé autour de l’opération éphémère), Ikea a pu démontrer que ce simple objet d’ameublement apportait une atmosphère plus cosy et conviviale que bien des jeux de lumière sophistiqués.

L'opération publicitaire d'Ikea en 2010. Ici, un canapé douillet pour patienter à l'arrêt Rennes-Saint Placide. Source : publigikaire.com

L’opération publicitaire d’Ikea en 2010. Ici, un canapé douillet pour patienter à l’arrêt Rennes-Saint Placide. Source : publigeekaire.com

Certains vieux bougons seront tentés de me rétorquer qu’un canapé dans la rue, ça fait mauvais effet , et que le mobilier intérieur n’a rien à faire dans l’espace public, au risque de donner à ce dernier des airs de décharge à ciel ouvert. Pourtant, c’est ce décalage insolite qui donne tout son charme au canapé de rue, sans compter que certains semblent capables de particulièrement bien s’intégrer à leur nouvel environnement (voir photo ci-dessous). Et en plus, vous offrez une seconde vie à votre divan en cas de séparation : écolos et badauds, tout le monde est content!

Un canapé qui semble fait sur mesure pour cette rue poitevine (et qui suscite l'enthousiasme des commentateurs!). Source : leblogdemonsieurecho

Un canapé qui semble fait sur mesure pour cette rue poitevine (et qui suscite l’enthousiasme des commentateurs). Source : leblogdemonsieurecho

On finit sur un peu de bricolage urbain : vous aussi, vous avez envie de vous relaxer dans l’espace public mais vous n’avez pas les moyens de vous fournir chez Ikea ? Deux vieux matelas, un peu d’huile de coude et le tour est joué! Fini les bancs qui vous meurtrissent les lombaires, et bonjour confort et volupté. Merci qui?

Le banc qui ressemble à ton clic-clac en deux temps trois mouvements, c'est possible! Source : sinoconcept.fr

Le banc qui ressemble à ton clic-clac en deux temps trois mouvements, c’est possible! Source : sinoconcept.fr

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