Quand la photographie se fait urbaine : rencontre avec Salah Chouli, artiste photographe

La ville constitue souvent un terrain de jeu pour les photographes qui tentent d’y capturer les scènes de la ville quotidienne ou des spectacles urbains insolites. Salah Chouli fait parti de ces fins observateurs. A 45ans, cet artiste photographe originaire d’Algérie pratique la photographie urbaine à travers ses multiples voyages depuis maintenant 25ans. Salah Chouli a retrouvé dans l’exposition de ses clichés cette idée de transmission et d’échanges qu’il a pu avoir avec ses élèves tout au long de sa carrière de professeur d’anglais. Après 3 années d’exposition, Salah compte bien faire de cette passion un travail à plein temps. Rencontre avec cet observateur des villes et des citadins.

Policiers NY

Policiers new-yorkais – Salah Chouli

Pourquoi t’être intéressé à la rue, aux scènes urbaines que l’on peut observer dans tes photos ?

J’ai grandi et toujours vécu en ville. Enfant déjà, je marchais beaucoup dans la ville de Bourges, dans le Cher. J’observais ce qui se passait dans les rues où je déambulais, la rue était un spectacle permanent de la vie, tout simplement. Je regardais les gens s’affairer, passer, se parler, rire, parfois se disputer aussi. En un mot : vivre.

Que recherches-tu dans la photographie de la rue, de la ville ?  Y-a-t-il quelque chose que tu ne retrouves pas dans d’autres types de lieux ?

J’aime l’énergie humaine que l’on peut trouver dans la cité, ce foisonnement, l’idée que les gens sont là, nombreux ou pas, mais que quelque chose va se passer pour qui veut bien prendre le temps d’observer. La diversité des gens que je rencontre dans les villes que je parcours en France ou ailleurs dans la monde, ainsi que la diversité des situations, c’est ce que je recherche. Ma quête est humaine avant tout et je ne suis guère intéressé par les paysages ou les grandes régions désolées.

Ton attention se porte-t-elle sur les personnes photographiées, ou également sur le contexte, les villes que tu traverses ?

Disons que les grandes métropoles et les capitales m’attirent en premier lieu. Mes choix sont souvent guidés par mes lectures, et j’aime plus que tout aller à la découverte des villes où mes auteurs préférés ont vécu, les villes où les personnages de mes romans préférés évoluent. Je citerais en particulier New York, Moscou, Samarcande, Ispahan, Istanbul… J’ai marché et photographié Istanbul avec dans mon sac à dos le magnifique livre d’Orhan Pamuk, Le musée de l’innocence. L’écrivain guidait mes pas en quelque sorte à travers ceux de Kemal et Füsun, les deux principaux protagonistes du roman. La littérature a donc très souvent été à l’origine de mes choix de villes, et dans ces villes, les habitants deviennent à leur tour des personnes photographiées, et peut-être aussi des personnages d’histoires possibles dans l’imaginaire ou les imaginaires des visiteurs de mes expositions.

Essaies-tu de capturer également une ambiance dans tes clichés ?

Je crois qu’un cliché peut être un instantané d’ambiance oui. Une atmosphère peut être retranscrite dans une photo. Cette atmosphère peut même être plurielle en fonction de celui ou de celle qui regardera cette photo ensuite. Cela reste très subtil et mystérieux, car ce que moi j’ai perçu au moment de la prise de vue sera parfois perçu différemment par un autre regard une fois la photo exposée.

 

Regard furtif, Samarcande - Salah Chouli

Regard furtif, Samarcande – Salah Chouli

Parmi les pays que tu as pu découvrir, lesquels ont constitué les terrains de photographie les plus intéressants et/ou insolites ?

La réponse à cette question n’est pas simple. Moscou est et restera longtemps, je crois, la ville qui m’étonne le plus sur le plan photographique. Les scènes de rue intéressantes y sont nombreuses, tout comme à New York ou à Paris. Mais il y a à Moscou une sorte d’énergie nouvelle que je ne saurais décrire, mais que j’essaie de saisir avec mon appareil. Les situations insolites y sont nombreuses et à toute heure du jour où de la nuit.

De toutes les scènes que tu as pu capturer, as-tu une préférence pour une en particulier ?

Il est difficile de faire un choix car il y en a plusieurs que j’aime particulièrement, mais je vais en choisir une tout de même! Le cliché (visible ci-dessous) représente une partie d’échecs. Cette photo a été prise à New York en octobre 2010: je marchais sur la 42ème rue, puis j’ai décidé au dernier moment de couper par Bryant Park, derrière la New York Public Library. Et voici donc le spectacle qui s’offre à mon regard : un membre de la communauté juive coiffé d’une kippa noire a pour adversaire un membre de la communauté noire de la ville arborant une casquette blanche. Le joueur juif qui est blanc a les pièces noires et son adversaire noir a les pièces blanches. Le hasard m’offrait un cliché chargé de symboles et qui correspond à la ville de New York que j’aime, celle de rencontres possibles au-delà des barrières, au-delà des lignes de démarcation que constituent les limites des quartiers de la ville.

Une partie d'échec à Bryant Park, New York - Salah Chouli

Une partie d’échec à Bryant Park, New York – Salah Chouli

Ta prochaine exposition à Paris, intitulée « Errances », sera l’occasion pour le public de découvrir ton travail : comment souhaites-tu qu’on présente tes clichés ?

J’ai envie de dire que mes clichés sont le fruit du hasard et de ma marche, qu’ils sont aussi un regard qui se veut narratif, littéraire en quelque sorte. Mais je laisse chaque visiteur se faire son point de vue sur mes clichés, car il est celui qui voit en dernier, celui qui en définitif décide, et c’est ce qui me plaît. Je ne veux pas que mes clichés soient uniquement mon regard tout personnel sur une scène, mais plutôt une invitation à regarder ce qui nous est offert à tous par la ville, par la rue et par les gens. Si mes clichés déclenchent cette envie de regarder à son tour chez le visiteur ,alors j’aurais encore transmis quelque chose, comme je le disais en début d’entretien.

 

Pour poursuivre son parcours de photographe et pouvoir exposer à Saint Germain (le lieu de rencontres des collectionneurs et des photographes) , Salah a lancé son projet sur Kiss Kiss Bank Bank. La somme récoltée lui permettra entre autres de louer une galerie pendant 3 semaines et de préparer les clichés de l’exposition. Et dès 25€ de dons, Salah propose une visite privée de l’exposition. Si ses clichés vous ont intrigué, n’hésitez pas à contribuer à son projet ici !

(25 Posts)

2 thoughts on “Quand la photographie se fait urbaine : rencontre avec Salah Chouli, artiste photographe

  1. Pingback: Quand la photographie se fait urbaine : rencont...

  2. Pingback: Quand la photographie se fait urbaine : rencont...

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *